Série de posters composés en Kelvin. De gauche à droite et de haut en bas : Clara Emo-Dambry, Adrien Borderie, Atelier Tout Va Bien, Kevin Bray, Studio 923a, Pauline Escot et moi-même.  MANU_IMG_3273-1000
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Détail du spécimen. THIERRY_IMG_6015-1000
Kelvin avec empattements, et Kelvin sans empattements. MICHEL_SABBAGH_20130207_1257-1000
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Kelvin sans empattements. THIERRY_IMG_6003-1000
De la nature des choses, Lucrèce. Édition mise en page par Sarah Kremer avec le caractère Kelvin. THIERRY_IMG_6019-1000
Intérieur. THIERRY_IMG_6020-1000
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Détail du poster Four On Six composé par Adrien Borderie. ADRIEN_kelvin2_imp-1000

Le Kelvin est une famille de caractères composée de deux axes stylistiques : un membre sans empattements (Kelvin Sans) et un membre avec empattements (Kelvin Avec). Chacun possède son italique respectif (Kelvin Sans Italique et Kelvin Avec Italique ). Mais plutôt que de partager un squelette commun, les deux styles s’articulent autour de deux périodes modernes de la typographie qui partagent une philosophie commune de construction de la lettre.
Le Kelvin Sans interroge la lisibilité des linéales géométriques pour les textes longs. Une étude préalable des caractères géométriques du début du XXe siècle a permis de dégager les mécanismes de création inhérents à ce type de formes typographiques. Les lettres du Kelvin Sans et Kelvin Sans Italique s’en imprègnent.
La période moderne correspondant au début du XVIIIe siècle en Europe est elle aussi un moment de l’histoire typographique où la construction est placée au centre de la création. Kelvin Avec et Kelvin Avec Italique s’inscrivent dans son courant stylistique.
Dans un premier temps, chaque style de dessin a été développé de manière indépendante. Cette première phase d’expérimentation a permis de tester plusieurs méthodes de constructions des lettres. Des recherches préliminaires de grilles modulaires ont permis de générer de manière cohérente différents alphabets à l’origine de Kelvin Sans. Le modèle des réales et un jeu de construction à partir d’une série de modules restreints sont à la base des premières formes de Kelvin Avec. Ces méthodes ont permis d’aboutir rapidement à des structures, mais ces silhouettes modulaires se sont vite révélées peu lisibles en corps de texte. La deuxième phase du projet a alors consisté à adapter ces dessins à une utilisation en texte de labeur tout en les inscrivant dans la continuité des styles typographiques de référence. Dès lors, c’est au sein de compositions textuelles que ces deux styles ont été jugés ; l’objectif était d’observer la teneur du dialogue qui s’instaurait entre eux deux.
L’étude de l’histoire du Futura, dont la forme des lettres a grandement évoluée entre sa première version de 1924 et la version de publication en 1927 par la fonderie Bauer, souligne l’importante différence entre des formes purement géométriques et des formes adaptées à la lecture. De même, à l’observation d’autres linéales dites géométriques, on remarque qu’afin de favoriser le confort du lecteur, plusieurs types de corrections sont effectués : les formes rondes sont légèrement étroitisées, les connections entre fûts verticaux et courbes sont affinées et un léger contraste entre pleins et déliés est affirmé. Cela remet en question le terme les qualifiant de « géométriques », bien qu’une série de spécificités permet néanmoins de les considérer comme telles. Ces dernières correspondent à la récurrence des mêmes contre-formes rondes et à la simplification à l’extrême de lettres rectilignes telles que le ‘v’, le ‘k’ ou le ‘l’. Ce sont principalement ces caractéristiques qui dégagent une lumière si particulière. L’analyse de ces paramètres a permis d’élargir la définition des linéales géométriques et de prendre plus de libertés dans le dessin du Kelvin Sans.
Kelvin Sans Italique s’émancipe des italiques obliques qui accompagnent généralement les linéales géométriques. Sans aller jusqu’à une référence totale à des formes issues du tracé calligraphique, il conserve des proportions plus étroites et affirme un rythme soutenu. Des lettres aux formes dynamiques plus prononcées comme le ‘n’ ou le ‘s’ renforcent la rupture par rapport au texte droit. Kelvin Sans Italique possède aussi une forte récurrence de contre-formes des lettres rondes.
Le Kelvin Avec s’inscrit dans la continuité de l’esthétique du XVIIIe siècle. Cette période, où la structure des caractères se radicalise, est marquée par une modernisation de leur forme. Leur émancipation progressive des outils de tracé entraine un redressement de leur axe de symétrie et une accentuation de leur contraste. L’exemple du Romain du Roi est emblématique de cette époque. Les planches dessinées par Louis Simonneau présentent des lettres conçues dans des grilles, construites selon des principes géométriques. Mais leur adaptation par Philippe Grandjean pour une gravure en corps de labeur nuance cette géométrie de différents réglages optiques.
Kelvin Avec conserve de la période moderne un contraste important et un axe relevé. Il est adapté à un usage contemporain par une couleur plus marquée, une hauteur d’x plus importante et des subtilités dans la transition plein vers déliés.
Kelvin Avec Italique reprend les caractéristiques des italiques du XVIIIe siècle, comme l’axe d’inclinaison très prononcé et la régularité du rythme. Certaines lettres comme le ‘n’ apportent tout de même des contre-rythmes qui viennent cadencer le texte par endroits. Elles renforcent la rupture créée par l’italique par rapport à la version droite Kelvin Avec, très stable.
Le développement de la famille Kelvin a régulièrement questionné la notion de squelette : des dessins aux styles différents doivent-ils forcément fonctionner sur un squelette commun pour être compatibles? Certaines tentatives de compromis finissaient, à force d’homogénéisation, par retirer du caractère à chacun des dessins. Elles rendaient la famille paradoxalement moins fonctionnelle. D’autre part, pour conserver une certaine cohérence, quelques lettres des versions Avec et Sans partagent le même équilibre. C’est le cas par exemple des lettres ‘a’ ou ‘e’. De même, les deux italiques se construisent sur un axe optiquement identique – la version Avec axée à 14° et la version Sans corrigée à 11°. Lors de cette phase d’harmonisation, toute la difficulté aura été de se référer aux réglages optiques plutôt qu’à des principes de pure géométrie.
En affirmant ses particularités respectives, chaque membre fonctionne dans la famille Kelvin par le dialogue qu’il provoque du fait de sa différence structurelle.

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Lire également.
Merci à Michel Sabbagh, Thierry Fetiveau et Emmanuel Frot
pour leurs photographies.

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7. Photographie de la promotion 2011-2013 avec le jury.MICHEL_SABBAGH_20130207_1447-1000
8. Épreuves de recherches.IMG_6004